Sexualités numériques
Appel à contributions pour la revue tic&société
Sous la direction de Béatrice Damian-Gaillard (Arènes, Université de Rennes) et Florian Vörös (Geriico, Université de Lille)
Les sexualités, envisagées sous l’angle des relations, des désirs, des identités, des imaginaires ou des pratiques, sont le produit de processus historiques dans lesquels les technologies de l’information et de la communication jouent un rôle clé. Partager une intimité à distance, exprimer ses désirs en public, publier des photos d’amateurs, visualiser des corps, catégoriser de types de relations, ou encore s’identifier à partir d’un formulaire sont des pratiques liées au développement des technologies de communication à distance, des techniques de documentation, de classement et de mise en données, ainsi que des industries du divertissement médiatique.
Tant les processus de privatisation et d’individualisation du rapport à la sexualité que ses processus de publicisation et de politisation dépendent de ces infrastructures. Elles en organisent techniquement les modalités d’expression, de circulation et les usages. Elles agencent par leurs politiques de modération la production, la valorisation des activités et la relation entre les acteurs impliqués : les créateur·rices, les marques, les industries du numérique (Bullich, 2021). Envisager les sexualités comme des construits sociohistoriques, façonnés par des logiques de gouvernementalité, et des pratiques de résistance (Foucault, 1976), permet de sortir de la tentation essentialiste du retour à la nature (Haraway, 2007 ; Jarrett, 2016), portée autant par les discours réactionnaires sur la dénaturation que par les discours progressistes sur la libération de la sexualité par la technologie.
L’étude de la co-construction de la sexualité et de la technologie est d’abord théorisée par la littérature anglophone, au croisement des Cultural Studies et des Sciences and Technology Studies (Sedgwick, 1990 ; de Lauretis, 1991 ; Williams, 1989 ; Paasonen, 2011 ; Burgess et al., 2016). Si la question de la sexualité est présente en France dès les premières enquêtes sur le Minitel (Jouët, 2011), ce n’est que trente ans plus tard qu’un espace de recherche francophone se formalise autour de cet enjeu (Amato, Schaffer et Pailler, 2014 ; Paveau et Péréa, 2014 ; Gauthier et Mercier, 2017 ; Bergström et Pasquier, 2019 ; Damian-Gaillard et Vörös, 2023 ; Baneyx, Bourdeloie et Lallet, 2024). Plus qu’un simple domaine de niche, l’étude des sexualités numériques constitue un point d’entrée pour saisir des tendances de fond à l'œuvre autant dans la régulation d’internet, la structuration de l’économie numérique par les algorithmes et l’usage de l'intelligence artificielle générative dans la création de contenus que dans les normes qui encadrent la participation en ligne et la construction de subjectivités sexuelles et des relations intimes. Ce dossier cherche à approfondir ces réflexions au carrefour de quatre grands axes.
- La gouvernementalité numérique des sexualités
- L’implicite et l’explicite dans le travail et la sexualité en ligne
- Communautés numériques, communautés sexuelles
- Le rôle des pratiques numériques dans la construction des relations et des identités sexuelles
Soumission d’articles
Les contributions évaluées en double aveugle doivent être rédigées en français et comprendre entre 40 000 et 50 000 caractères, espaces et références compris. Les auteurs·rices sont invité·es à respecter les consignes concernant la mise en forme du texte : ticetsociete.revues.org/90
La date limite de soumission des textes est fixée au 18 décembre 2027
4Les articles doivent être envoyés conjointement à Béatrice Damian-Gaillard (Université de Rennes) beatrice.damian univ-rennes fr et à Florian Vörös (Université de Lille) florian.voros univ-lille fr.
Publication Date:
29 October 2026
Deadline:
18 December 2026
Themes:
Disciplines: