Plus de dix ans après la proposition du « tournant spatial dans les études de genre », initiée par le colloque ainsi intitulé à l’université Paris Diderot en 2012, la question de l’espace genré demeure marginalisée dans les sciences humaines et sociales. Cette journée d’étude vise à croiser les réflexions sur l’espace genré provenant de plusieurs disciplines ainsi qu’à fédérer les nouvelles visions sur les manières dont l’espace pourrait être construit, représenté et habité au prisme du genre. Elle accueillera particulièrement les recherches intersectionnelles qui éclairent le sujet au croisement des rapports de classe, de race, d’âge, notamment celles ancrées dans les contextes non-occidentaux.
Argumentaire
Plus de dix ans après la proposition du « tournant spatial dans les études de genre », initiée par le colloque ainsi intitulé à l’Université Paris Diderot en 2012, la question de l’espace genré demeure marginalisée. Dans les bibliographies recommandées pour les études de l’espace, on trouve généralement des noms comme Heidegger (1973), Lefebvre (2000), Tuan (1990) ou Bachelard (1961), tandis que des figures telles que Irigaray (1980 ; 1983), Rose (1993), McDowell (1999) et Massey (2005), qui, dans une perspective féministe, ont pointé l’ignorance des questions du genre dans l’épistémologie de l’espace dominante, sont largement absentes. Cette journée d’étude vise à croiser les réflexions sur l’espace genré provenant de plusieurs disciplines ainsi qu’à fédérer les nouvelles visions sur les manières dont l’espace pourrait être construit, représenté et habité au prisme du genre.
Axe 1 : La production de l’espace genré
Si l’argument tripartite de Lefebvre (2000) a mis en lumière les manières dont les rapports de domination sont fabriqués à travers la production de l’espace, il n’a guère abordé la question du genre. Pourquoi certains espaces sont-ils habituellement attribués à un sexe particulier ? Et comment deviennent-ils moins accessibles à ceux et celles qui ne correspondent pas à ces normes ? Certaines chercheuses relient ces réflexions aux traditions de la philosophie occidentale, notamment aux binarismes entre corps et pensée, ou entre transcendance et immanence (Beauvoir, 1986 ; Irigaray, 1980 ; Butler, 2018). D’autres examinent ces questions d’une approche phénoménologique (Ahmed, 2009 ; Young, 2017). Dans les pratiques du design et de la gestion de l’espace, l’espace genré peut être produit par « le manque de données genrées » (Perez, 2020). Cet axe s’intéressera ainsi aux manières dont l’espace genré est produit, justifié et maintenu aux échelles tant conceptuelle que sociale.
Axe 2 : La représentation genrée de l’espace / la représentation de l’espace genré
Cet axe sera consacré aux représentations artistiques de l’espace. Il s’agira de réfléchir ensemble sur la manière dont les arts visuels et la littérature se sont saisis de tensions présentes dans d’autres sciences sociales au sujet de l’espace genré. Par exemple, il pourra être question du renouvellement des approches cartographiques féministes, telles qu’elles sont proposées par Zwer (2023), en réponse à des approches plus masculines de l’espace comme le « time-geography » de Hägerstrand (Rose, 1993). Par ailleurs, il conviendra d’interroger la place de la culture visuelle, sous différentes formes – le cinéma, les séries télévisées, la bande dessinée, les jeux vidéo ou encore la réalité virtuelle – dans la construction active de nos perceptions de l’espace. Nous aurons ainsi l’occasion de réfléchir aux processus de création d’espaces genrés au sein de la diégèse, puis de questionner les divergences entre des processus qui se font à l’intérieur même d’espaces genrés pré-existants ou qui se construisent en opposition de ces espaces, à travers l’investissement de nouveaux espaces alternatifs fictifs. Ainsi, il nous sera possible de questionner comment les arts visuels et la littérature créent des espaces genrés qui donnent lieu à des communautés de sens et des imaginaires communs.
Les études sur les méthodologies de représentation seront bienvenues tout comme les études de cas prenant appui sur l’analyse d’œuvres artistiques.
Axe 3 : Réimaginer l’espace par expérimentation
Ce troisième axe donnera plus de relief aux recherches-actions et aux recherches-créations qui confrontent l’espace genré en proposant des espaces alternatifs où les minoritaires sous l’angle du genre peuvent réclamer leur subjectivité. Ceux-ci peuvent se présenter sous différentes formes : fictive ou tangible, individuelle ou collective, revendicatrice ou expérimentale, à long terme ou provisoire. Dans quelle mesure un espace alternatif est-il encore envisageable face à une tendance au conservatisme ? Quels sont des apports et des points de vigilance qu’ont amenés ces actions ? Ne se contentant pas d’être attaché à des lieux fixes, un espace alternatif peut se créer à travers la circulation des corps, comme dans le cas du cruising (Muñoz, 2019). Les études sur les espaces alternatifs en mobilité feront donc l’objet d’intérêt spécifique. Dans cette même dynamique, les propositions sous forme d’atelier-formation sont vivement encouragées, offrant l’opportunité de concrétiser les réflexions théoriques.
Modalités de contribution
Les propositions de communication sont à envoyer avant le 27 février 2026 aux adresses suivantes : danyang.feng@u-bordeaux-montaigne.fr et laila.fatih@u-bordeaux-montaigne.fr (fthlaila@gmail.com)
Chaque proposition devra comporter :
- Un titre ;
- Un résumé de 500 mots maximum ;
- Une bibliographie de cinq références maximum ;
- Une brève notice bio-bibliographique
- (Le cas échéant) Un document d’illustration visuelle séparé (une page maximum)
Notification aux auteur·ices : mi-mars 2026.
Cette journée d’étude se tiendra prioritairement en présentiel. Une intervention en distanciel pourra être envisagée à titre exceptionnel.
Comité de sélection
- Laïla Fatih, doctorante contractuelle (Université Bordeaux Montaigne, Plurielles)
- Danyang Feng, doctorante (Université Bordeaux Montaigne, ARTES)
Date de publication:
10 décembre 2025
Délai:
27 février 2026
Thèmes:
Disciplines: