Familles et mal-logement

Pendant longtemps, le « SDF » (sans domicile fixe), incarné par un homme blanc, isolé et relativement âgé, a représenté la figure classique de l’exclusion liée au logement et de la « désaffiliation sociale », c’est-à-dire la rupture des liens professionnels et familiaux, qui expose les individus à l’isolement et à la précarité (Castel, 1995). Mais le sans-abrisme n’est que la face visible d’une précarité résidentielle qui prend de nombreuses formes et ne se limite pas à la vie à la rue ou dans des lieux non prévus pour l’habitation. La Fondation pour le logement des défavorisés estime qu’en 2025, un peu plus de 4 millions de personnes sont touchées par le mal-logement, qu’il s’agisse de personnes privées de logement personnel (sans abri et sans domicile, hébergées à l’hôtel, chez des tiers) ou vivant dans des conditions de logement très difficiles (surpeuplement, insalubrité, etc.) (Fondation pour le logement des défavorisés, 2025). Nous entendons par mal-logement un spectre large de situations : absence de logement personnel (personnes sans domicile – dont les sans-abri – ou vivant dans des caravanes, des squats, chez des tiers, etc.), hébergement contraint ou instable, logement indigne ou surpeuplé, menace d’expulsions.

Le mal-logement touche aujourd’hui une frange de la population très hétérogène. Depuis le début des années 2000, des personnes étrangères, plus jeunes, plus âgées, des enfants, des femmes sont touchées, transformant les visages de l’exclusion résidentielle (Dietrich-Ragon et Loison, 2024). C’est particulièrement le cas des « familles ». Dans une perspective très hétérocentrée, ce terme est appréhendé (sans être défini explicitement) par les politiques publiques de lutte contre les exclusions liées au logement comme un ensemble de personnes liées entre elles par des liens de filiation, comprenant généralement un ou plusieurs adultes (parents) et leurs enfants.

Ce numéro de la Revue des politiques sociales et familiales (RPSF) est structuré en trois axes qui invitent anthropologues, sociologues, historiens, politistes, démographes, ou juristes, en France et à l’étranger, à interroger tout d’abord les catégories d’action publique employées, les indicateurs et les dispositifs mis en oeuvre pour aider les familles à se loger ou à être hébergées. Le premier axe questionne les politiques publiques mises en oeuvre et les dispositifs déployés : quels étaient et quels sont aujourd’hui les différents types de dispositifs qui s’adressent aux « familles » ? Quelles sont celles qui sont ciblées par les politiques publiques et celles qui sont au contraire « oubliées » ? Quelles sont leurs caractéristiques ? Le deuxième axe s’intéresse davantage aux ruptures et aux trajectoires familiales en contexte de mal-logement. Quelles sont les causes et les effets du mal-logement sur les relations familiales ? Enfin, le troisième axe invite à la réflexivité. Comment enquêter auprès de ces familles, sachant que les chercheurs et chercheuses doivent affronter une triple difficulté : celle d’être face à des personnes en grande difficulté socio-économique, de devoir comprendre et rendre compte des relations familiales, souvent empreintes de ruptures et de violences, et d’entrer dans l’intimité des espaces habités par ces familles.

Les auteurs et autrices sont invité.es à soumettre un titre d'article, avec son résumé (300 mots env.) et ses mots-clés en indiquant si l’article proposé est un article scientifique ou un article de synthèse, d’étude ou de méthode, ainsi qu’une brève note biographique, pour le 20 mars 2026 à la rédactrice en chef de la revue (rpsf@cnaf.fr) et à l’équipe de coordination du numéro thématique : isabelle.frechon@uvsq.fr, marie.loison-leruste@univ-paris13.fr , vanessa.stettinger@unicaen.fr

Date de publication:

17 décembre 2025

Délai:

20 mars 2026

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