L’économie morale du genre et de l’égalité des sexes

Congrès de l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF) du 6 au 10 juillet 2020 à Tunis sur le thème de «La Société morale»

Appel à communications du CR04 «Sociologie des rapports sociaux de sexe»

La thématique générale du XXIe Congrès de l’AISLF invite à s’interroger sur la «moralisation» des sociétés contemporaines et sur l’exigence croissante de «réflexivité normative» de la part des individus, dans différents domaines de la vie sociale.

Dans notre déclinaison de cette thématique, nous invitons des propositions de communication qui s’intéressent aux enjeux moraux qui se manifestent autour de «l’affirmation démocratique de l’égale dignité des êtres humains». Le principe d’égalité femmes – hommes fait-il vraiment consensus dans tous les contextes sociétaux contemporains? Constitue-t-il un principe moral indiscutable et indiscuté? Dans quelles circonstances paraît-il légitime de déroger à ce principe? En vertu de quelles valeurs morales? Par ailleurs, assiste-t-on à une pluralité de conceptions concurrentielles de ce principe démocratique (d’égalité ou d’équité)? Sont-elles déclinées différemment selon les contextes ou les groupes sociaux?

Dans certains pays, la prescription normative de parcours de vie strictement différenciés pour les filles et les garçons s’estompe, alors qu’il se réaffirme dans d’autres contextes. Ainsi, l’incertitude morale quant aux «fins ultimes que les femmes et les hommes doivent se donner» ne grandit probablement pas de manière universelle. Qu’en est-il donc de l’ouverture aux filles et aux femmes des bastions (criminalité, éducation, politique, professions, sports, espaces urbains, etc.) historiquement réservés aux hommes? L’adoption par des femmes de codes et comportements propres à ces espaces est-elle considérée comme subversive, voire «immorale» ou donne-t-elle lieu à une normalisation progressive? Quelles stratégies les filles et les femmes élaborent-elles individuellement et collectivement pour imposer leur présence dans ces espaces sociaux? Au nom de quelles visions de l’égalité et de quelles valeurs morales agissent-elles? La transgression individuelle des normes de genre s’accompagne-t-elle de reconfigurations normatives plutôt conservatrices ou potentiellement émancipatrices? Dans quelle mesure la réflexivité normative exigée des «sujets moraux sexués» contemporains permet-il d’affaiblir l’emprise du genre sur les pratiques et valeurs sociales?

Le CR04 s’intéresse également aux débats éthiques et moraux qui traversent les mouvements sociaux. De #MeToo au féminisme islamique, en passant par le LGBTQ+, l’éco-féminisme ou le travail de sexe, comment les revendications qui émergent sur le devant de la scène politique nous aident-elles à saisir les processus de reconfiguration des normes de genre? Quelles nouvelles lignes de clivage émergent autour du déplacement des revendications féministes vers de nouveaux terrains de mobilisation collective? De même, en quoi l’institutionnalisation des politiques de promotion de l’égalité femmes-hommes permet-elle de questionner la reconfiguration des normes de genre? Comment rendre compte de «l’économie morale du genre» qui émergent sous couvert de politiques d’égalité, d’équité ou de diversité?

Cette interrogation s’applique à la posture sociologique en tant que telle, jamais entièrement dénouée de principes moraux sous-jacents, malgré une revendication historique de «neutralité axiologique». D’inspiration féministe, la sociologie du genre a toujours assumé ses partis-pris normatifs. Elle ne s’est jamais contentée de «dévoiler» les mécanismes de la domination, elle a toujours revendiqué une visée transformatrice. Mais ce fondement normatif de la sociologie du genre n’est pas dénué d’effets pervers. Quelles visions normatives de «l’égalité» des sexes prévalent dans les écrits sociologiques d’inspiration féministe aujourd’hui? Les références normatives de la sociologie du genre sont-ils porteurs de nouveaux mécanismes de domination, de marginalisation ou d’exclusion? Quelle est la contribution des perspectives intersectionnelles à l’élaboration d’une nouvelle normativité sociologique du genre dans l’espace francophone, ou ailleurs?

Les pistes de compréhension des transformations du genre s’élaborent dans différents contextes culturels, sociaux, géographiques, politiques et moraux. Les travaux du CR04 entendent refléter cette diversité et favoriser des échanges constructifs et respectueux entre ses membres.

Soumettre une proposition

Les propositions de communication peuvent être déposées avant le 15 janvier 2020 et doivent être soumises en ligne, via un espace personnel qui est à créer sur le site web du Congrès: créer votre espace personnel sur ce site.

Vous ne devez pas envoyer vos propositions de communication directement aux responsables des CR ou GT.

Les propositions soumises sont limitées à 200 signes pour le titre et 1 500 signes pour le résumé (espaces compris). 

Chaque congressiste peut déposer deux propositions de communication au maximum.

Une fois la sélection des propositions de communication effectuée (début février 2020), nous étudierons la possibilité d’organiser des séances communes avec d’autres CR ou GT de l’AISLF. 

Date de publication:

15 octobre 2019

Délai:

15 janvier 2020

Thèmes:

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