L’éducation des filles dans l’Europe des Lumières

Cette journée d’études pluridisciplinaire propose une réflexion sur l’éducation des femmes aux XVIIe et XVIIIe siècles en Europe. Elle invite à interroger la construction et la représentation des rôles sexués au sein des sphères éducatives en s’appuyant sur les textes conçus dans les espaces institutionnalisés, mais aussi dans des espaces qui restent à la marge. Nous réfléchirons à la variété des discours normatifs, vecteurs de la permanence d’une pensée de la différence mais aussi d’une volonté de changements, postulée ou réelle, du processus de socialisation des femmes.

"Mais sait-elle filer, au moins?"

Avec la Renaissance, se propagent deux vagues porteuses d’un renouveau du principe du savoir féminin: les écrits des humanistes (Thomas More, Rabelais, Jean- Louis Vivès) mais aussi les positions de la Réforme protestante (Luther). Si les aspirations éducatives pour les filles progressent, elles n’en demeurent pas moins confinées à un enseignement spécifique destiné à faire des jeunes filles des compagnes intéressantes pour leurs futurs conjoints.

Période charnière de l’époque moderne, l’âge des Lumières est d’abord celui de profondes mutations socioculturelles. "La liberté éclairante et rayonnante" est bien plus qu’un mot d’ordre, elle est principe de réflexion adossé à la légitimité de la raison. Sa foi optimiste en l’être humain l’éclaire pour mieux contrer l’obscurantisme politique et religieux et soulève des interrogations scientifiques qui croisent souvent les questions morales. En soulignant la nécessité de préserver l’innocence de l’enfant, les pédagogues avaient à cœur d’éduquer son sens du discernement mais aussi son goût et son esprit. Ainsi la multiplication des rénovations éducatives a-t-elle encouragé de nouvelles postures et pratiques pédagogiques en même temps qu’elle a questionné la figure tutélaire du précepteur.

Une véritable "révolution", dont les filles semblent pourtant n’avoir pu profiter. Car, comme le regrettait Fénelon, "Rien n’est plus négligé que l’éducation des filles" (1687, De l’éducation des Filles), où il s’emploie à bâtir un programme pour remédier à la faiblesse du deuxième sexe. La diffusion de ces débats, à partir notamment de la source lockienne qui en constitue l’un des soubassements, interfère dans la circulation des modes éducatifs à travers l’Europe. Elle peut se prêter à un double décryptage, celui des discours et celui de la pratique. Particulièrement, l’étude fine du discours spécifique des plans d’éducation pour les filles permettra de faire résonner la diversité des voix, notamment féminines (Bathsua, Schurmann, Astell, Edgeworth, Wollstonecraft) qui restent parfois peu traitées. Or nombreux sont les manuels d’éducation, les fictions éducatives, les expérimentations du type de celles des Charity Schools adossées aux sociétés de bienfaisance en pleine expansion, ou encore les correspondances rédigées par des femmes qui adhéraient aux thèses dominantes ou alors s’en démarquaient.

A une époque où l’ordre social sacralisé par la religion fait persister la distribution strictement genrée des rôles au sein de la famille et de la société, une mise en perspective des propositions pédagogiques pour la formation des filles permettra de s’interroger sur l’impact réel des postulats philosophiques des Lumières sur l’éducation des filles.

Wann:

17. Mai 2018

Wo:

Université du Mans, Axe "Cultures, imaginaires, médiation" du programme EnJeu[x] / Laboratoire 3L.AM, Avenue Olivier Messiaen, 72085 Le Mans

Themen:

Disziplinen: