(Ne pas) se dire féministe. France et territoires (post-)coloniaux, XIXe-XXIe siècles

Colloque en novembre 2024 à Paris

Si le terme « féminisme » apparaît, en France, en 1872 dans les écrits d’Alexandre Dumas fils pour désigner, péjorativement, « les partisans de l’égalité des sexes comme des hommes "efféminés" », c’est Hubertine Auclert qui se l’approprie en déjouant la stigmatisation du terme (Pavard, Rochefort, Zancarini-Fournel, 2020, p. 6). Depuis, l’identification au(x) féminisme(s) s’est diffusée, comme l’a récemment illustré le mouvement #MeToo, et ses modalités se sont déclinées de diverses manières en fonction des enjeux posés par les contextes politiques, sociaux et historiques, locaux comme internationaux : de féminisme noir ou afroféminisme en passant par féminisme intersectionnel, universaliste, décolonial, transféminisme entre autres, de nombreux termes ont fait leur apparition pour mettre en lumière des identités politiques spécifiques. Derrière des débats terminologiques se jouent des enjeux de catégorisation. D’autres labels, comme post-féministe, néo-féministe, ou féministe (néo)libéral, ont par ailleurs été élaborés, notamment dans les médias et dans le monde de la recherche, pour situer historiquement et politiquement des types d’adhésion à l’idée d’égalité (Banet-Weiser, Gill, Rottenberg, 2020). Ce colloque vise ainsi à interroger les formes et les conditions d’appropriation et de rejet, individuelles et collectives, du féminisme depuis les mouvements en faveur des droits des femmes du XIXe, en France et dans les territoires (post-)coloniaux.

Les questions que nous souhaitons poser interviennent dans un contexte ambivalent, marqué à la fois par une remobilisation des différents pôles de l’espace de la cause des femmes (Bereni 2012) au niveau international et la diffusion de la norme égalitaire, et par l’essor d’un nouveau backlash et de mobilisations anti-féministes. Aussi ce colloque cherchera-t-il à souligner les luttes de définition – d’une part au sein des féminismes et de l’espace de la cause des femmes, d’autre part entre féministes et anti-féministes – qui façonnent la catégorie « féministe » et ses reconfigurations. Il s’agira également d’appréhender la multiplicité des modalités d’identification aux féminismes, en fonction des trajectoires politiques, professionnelles et sociales et des propriétés sociales de celles et ceux qui s’en revendiquent. Pour ce faire, ce colloque croisera l’étude de différents mondes dans lesquels se jouent ces enjeux de définition, de catégorisation et d’identification, en particulier militants, associatifs et politiques, mais aussi institutionnels, médiatiques ou académiques.

Ancrées dans les différentes disciplines des sciences sociales, les communications présenteront les résultats d’enquêtes et pourront s’inscrire dans l’un ou plusieurs des trois axes suivants.

  1. Retour sur la qualification des acteurs et actrices engagé·es pour l’égalité
  2. Appropriations différenciées de l’identité féministe
  3. Questions méthodologiques et épistémologiques

Les résumés de communication de 3000 signes devront présenter la problématique, la méthode et les résultats. Ils seront à envoyer à valbengayahoofr ; Pauline.delage@cnrs.fr ; fanny.gallotgmailcom avant le 30 avril 2024.

Publikationsdatum:

28. Februar 2024

Frist:

30. April 2024