Genre et médias francophones dans l’Europe des années 1940 et 1950

Colloque international du 20-22 mars 2019 à l'Université de Lausanne

Ce colloque se propose d’interroger les phénomènes de reconfiguration et d’expansion médiatique des années 1940 et 1950 à l’échelle de l’espace européen francophone et au prisme du genre. Théâtre de bouleversements et de reconfigurations sociales et politiques, la Seconde Guerre mondiale constitue aussi un moment de transition médiatique et culturelle: en témoignent le rôle majeur joué par la radio dans le conflit armé (Eck 1985), la mise sous tutelle du cinéma français par l’État sous Vichy (Bertin-Maghit 2002 [1989]) ou encore la réorganisation de la presse écrite à la Libération... Les années d’après-guerre se caractérisent quant à elles non seulement par la reconstruction économique et la modernisation de l’Europe, mais aussi par une «recomposition du monde des médias» (D’Almeida et Delporte: 147) et une expansion de la culture de masse qui «renouvelle les stratifications sociales traditionnelles de la culture» (Goetschel & Loyer 2011: 153). «Âge d’or» du cinéma, de la presse magazine (sportive, féminine, etc.) et de la radio, la période d’après-guerre est également jalonnée par l’apparition sur le marché de nouveaux dispositifs médiatiques, à l’instar du disque microsillon, de la télévision et du livre de poche.

Parallèlement, les années 1940 et 1950 sont marquées par une série de mutations et de reconfigurations des identités et des rapports de genre: après les relatives déstabilisations de la Seconde Guerre mondiale (Mann 2010; Capdevila et al. 2003), les violences patriarcales de la Libération (Virgili 2000) et l’accès au droit de vote des Françaises et des Belges, la reconstruction européenne passe par la promotion d’un modèle familial basé sur une stricte répartition des rôles masculin et féminin. Résultat d’une politique nataliste offensive, la spectaculaire hausse de la natalité après-guerre (particulièrement en France) va de pair avec la production d’un modèle dominant de féminité caractérisé par la maternité et la sphère privée (Duchen 1994). C’est le triomphe de la «fée du logis», épouse et mère experte d’une science domestique qui fait désormais l’objet de concours et de salons spécifiques (Ross 1997; Bard 2001: 186).

Des travaux d’historien·ne·s informés par les études sur le genre ont montré le rôle ambivalent des médias dans la production et la diffusion de ces normes, mais aussi dans leur négociation, voire – certes plus rarement – dans leur subversion. C’est particulièrement le cas pour la presse féminine (Geers 2016; Blandin et Eck 2010; Pavard 2006) ou le cinéma populaire (Chedaleux 2016; Sellier 2015; Pillard 2014). Qu’elles portent sur des figures de femmes (Cohen 2015) ou qu’elles tiennent compte de la répartition sexuée du public (Poels 2015), les recherches portant sur les débuts de la télévision européenne n’ont en revanche que rarement mobilisé le genre comme grille d’analyse critique. Les recherches américaines (Spigel 1992) ainsi que les rares recherches francophones adoptant cette lecture (Karamoukian 2016; Coulomb-Gully 2016; Gonnard & Lebovici 2016) ouvrent pourtant des perspectives stimulantes, tant pour l’analyse des mondes professionnels, des représentations que des modes de consommation.

Lié au projet «Personnage et vedettariat au prisme du genre: études de la fabrique des représentations cinématographiques» mené à l’Université de Lausanne depuis 2016, ce colloque propose d’approfondir et d’élargir ces recherches, tant du point de vue des objets étudiés, de l’aire géographique ou culturelle considérée que des méthodes mobilisées:

Il se donne pour objectif d’enrichir ces travaux de nouvelles études de cas et de nouveaux questionnements, mais aussi d’étendre les recherches à d’autres médias, aux circulations intermédiatiques et/ou aux productions transmédiatiques. Nous encourageons entre autres les propositions de communications s’intéressant aux médias plutôt identifiés comme masculins tels que les newsmagazines ou les magazines sportifs (voir notamment Terret 2005). Seront également appréciées les études portant sur la photographie, la publicité, le roman (photo), l’industrie musicale et/ou la radio, que cette dernière soit considérée dans ses dimensions politiques, culturelles ou plus directement matérielles (on pense notamment aux «voix» radiophoniques – essentiellement masculines – caractéristiques de cette époque).

Ce colloque sera aussi l’occasion d’étendre les recherches à la Belgique francophone, à la Suisse romande et aux territoires colonisés par la France et la Belgique. Si certaines analyses requièrent d’être circonscrites à un contexte national particulier (voir par exemple Berton & Cordonier 2009), nous souhaiterions également examiner les dynamiques de genre sous-jacentes aux phénomènes de convergences ou de circulations transnationales – à l’image de la bande dessinée franco-belge qui triomphe dans l’après-guerre (Boillat et al. 2016) – ainsi qu’aux échanges entre les empires coloniaux et les pays placés sous leur domination, dans un contexte de guerres de décolonisation.

Sans renoncer à l’analyse des productions médiatiques et à l’étude des représentations, nous serons particulièrement attentif·ve·s aux études centrées sur les processus de production et de réception des contenus. Dans le premier cas, il s’agira de mettre la focale sur des contextes sociaux, économiques ou politiques dans lesquels sont produits les médias, sur des institutions ou des industries médiatiques, ou bien sur des groupes professionnels et/ou des personnalités particulières (journalistes, producteurs·trices, réalisateurs·trices, auteurs·trices, speakerines, vedettes, etc.). A l’autre bout du spectre, nous attendons des propositions mettant l’accent sur les pratiques des publics médiatiques et/ou les mécanismes d’appropriation et de réception. Les propositions méthodologiques innovantes permettant d’accéder à ces deux «angles morts» seront particulièrement appréciées.

Le genre est ici entendu comme une catégorie d’analyse critique. Il sera mobilisé pour envisager les productions et/ou les pratiques médiatiques comme des espaces traversés par des rapports de pouvoir et pourra s’imbriquer à d’autres catégories d’analyse critique telles que la classe, l’âge, la race, l’ethnie ou la sexualité. Il permettra d’analyser tant la construction de la binarité et de la hiérarchie sexuée que les mécanismes de négociation, de performance ou de subversion du genre.

Les propositions de communication sont attendues au plus tard pour le 15 novembre 2018. Elles devront faire un maximum de 3000 signes et devront comporter les noms et affiliations de leurs auteurs·trices.

Les fichiers au format word devront être intitulés de la façon suivante: GENRE_MEDIAS_Nom et devront être envoyés à l’adresse suivante: delphine.chedaleuxunilch

Publikationsdatum:

10. Oktober 2018

Deadline:

15. November 2018

Themen:

Disziplinen:

Institutionen:

Université de Lausanne(Schweiz)