Algorithmes, intelligence artificielle et transformations du travail au prisme du féminism

Nouvelles Questions Féministes 45/1, 2026

Coordination : Eva Nada, Lucie Delias et Sigolène Couchot-Schiex

Les affaires nombreuses et récurrentes de femmes engagées, victimes de cyberharcèlement, témoignent de l’ampleur du sexisme subi en ligne par les femmes et les minorités de genre : en 2017, la journaliste Nadia Daam a dû quitter Twitter en raison d’une campagne de cyberharcèlement dont elle a été victime suite à une chronique sur Europe 1 où elle dénonçait le comportement sexiste et violent des utilisateurs d’un forum du site jeuxvideo.com ; en 2021, les créatrices de plusieurs comptes Instagram féministes d’éducation à la sexualité ont décidé de désinvestir la plateforme, face aux propos haineux qu’elles recevaient mais également à la censure régulière de leurs contenus par le système de modération de Meta. Ces exemples montrent d’abord comment la numérisation croissante de nos sociétés constitue un environnement hostile pour les femmes en reproduisant et amplifiant les violences à leur encontre. Ils mettent aussi en lumières la façon dont les mécanismes de discriminations « classiques » rejaillissent dans l’espace numérique : priver les journalistes et militantes d’espaces où s’exprimer, et ainsi réduire leur capacité à exercer leur métier et être rémunérée.

Si ces cas concernent des professionnelles ayant une forte visibilité publique, les transformations du travail à l’heure de l’omniprésence des données, des algorithmes et de l’intelligence artificielle sont multiples et interpellent la recherche féministe. Les recherches sur les métiers liés au développement du numérique, réunies autour du concept de Digital Labor, permettent d’explorer les nouvelles formes de « travail du clic ». D’abord à propos du travail productif : le développement des plateformes de l’« économie de partage » (notamment les services de livraison ou de VTC) et des algorithmes qui sous-tendent les outils en ligne est basé sur l’exploitation de travailleuses et de travailleurs effectuant des micro-tâches dans un contexte précaire. Ces emplois sont majoritairement occupés par des femmes ou des personnes minorisées, ce qui pose la question du renouvellement de la division sociale du travail, qu’elle soit genrée, racialisée ou géographique dans une économie capitaliste mondialisée. Le Digital Labor englobe également les activités effectuées par les internautes ordinaires, qui, par leur simple utilisation des services en ligne et souvent sans en avoir conscience, fournissent des données qui sont la « matière première » de la création de richesse par les GAFAM. Les critiques de ce travail déguisé et constant, qui brouille la frontière entre vie privée et vie professionnelle et exploite les affects et la subjectivité des sujets, n’est pas sans rappeler celles du travail domestique effectué par les femmes, non reconnu comme tel et pourtant essentiel à la reproduction capitaliste de la société.

Au-delà du périmètre du Digital Labor, les études genre et les approches féministes auraient tout intérêt à se saisir de ce que la numérisation et la « datafication » font au travail des femmes au sens large et explorer la place des femmes dans ce système. Quelles sont les nouvelles formes de travail émotionnel effectué par les femmes en ligne ? Comment les métiers féminisés, notamment ceux qui relèvent du care, sont-ils soumis à de nouvelles formes de rationalisation ou de surveillance ? En quoi l’utilisation d’algorithmes dans les processus de recrutement, ou encore les représentations stéréotypées des compétences féminines dans les contenus produits par les outils d’IA générative, renforcent-ils les discriminations sur le marché de l’emploi ? Quelles sont les conséquences de la sous-représentation des femmes et des minorités de genre et raciales aux postes de conception ou de décision au sein des grandes entreprises du web, mais aussi dans les formations aux métiers du numérique ?

Les propositions de contributions peuvent s’inscrire dans l’un des axes suivants, ou proposer d’autres perspectives en lien avec le thème de l’appel.

  • 1er axe : Approches féministes du Digital Labor
  • 2ème axe : Perspectives intersectionnelles et transnationales sur les transformations numériques du travail
  • 3ème axe : Résistances et émancipations des travailleuses et travailleurs dans une société numérisée

Cet appel cherche à recueillir des articles des diverses disciplines de sciences humaines et sociales, éclairant un ou plusieurs des axes proposés et portant sur un ou divers contextes nationaux. Les propositions d’articles de deux pages (hors bibliographie) sont attendues pour le 1er juillet 2024 en format word, interligne simple, caractère 12, envoyées par mail à eva.nadaprotonmailcom et lucie.deliasgmailcom. Elles doivent contenir le nom et le prénom des autrices ainsi que leur discipline et éventuellement leur institution de rattachement. Elles peuvent inclure une bibliographie.

Les coordinatrices opèrent une première sélection parmi ces résumés. Si la proposition est acceptée, la 1ère version de l’article (45 000 signes, espaces et bibliographie comprise) est transmise au groupe de coordination le 1er février 2025 au plus tard. L’article anonymisé est transmis à deux rapportrices pour évaluation en double aveugle. Il peut être accepté en l’état, accepté sous réserve de modifications mineures ou majeures ou refusé. En cas d’acceptation pour publication, la version retravaillée doit parvenir le 1er juillet 2025. Le numéro sortira au printemps 2026. Les articles publiés paraissent dans la rubrique Grand angle du numéro.

Publikationsdatum:

21. März 2024

Frist:

01. Juli 2024

Institutionen:

NQF - revue Nouvelles Questions Féministes